Lola lit et regarde Mademoiselle Chambon

Roman écrit par Eric Holder en 1996, adapté au cinéma avec beaucoup de justesse par Stéphane Brizé en 2009.

chambon

Mademoiselle Chambon

C’est l’histoire d’Antonio, maçon portugais, bon mari, bon père de famille, vie tranquille, sans histoires. Un jour, il croise l’institutrice de son fils kévin (la susnommée) et…

ils tombent amoureux !!

Classique, rien d’affolant, une histoire d’amour banale entre un homme et une femme ordinaires. Juste, tout d’un coup, un grain de sable dans une vie si bien réglée. Un grain de sable comme un petit grain de folie. Une rencontre qui va bouleverser Antonio parce qu’elle va lui révéler une partie de lui-même qu’il ne soupçonnait pas, il s’éveille à la sensibilité et à la beauté.

C’est beau, délicat, tout en finesse. Les descriptions des sentiments, des émotions sont magnifiques. Holder décrit avec lucidité la vie provinciale, modeste, engourdie, presque ennuyeuse mais «qui convient». Il porte une grande attention aux personnes, à ce qu’elles ressentent. L’écriture est sobre, simple, chaque mot est choisi, aucun effet, aucun lyrisme pour conter cette histoire tristement banale. Les héros font l’économie de mots, ils parlent peu et avec maladresse. Leurs regards, leurs gestes parlent pour eux, mais avec beaucoup de pudeur et de retenue.
On a envie de parler de passion, parce que : oui, ce que Mademoiselle Chambon et Antonio éprouvent est très fort. Oui, ça dépasse la raison. Oui, ça leur fait faire des choses folles (pour elle, s’acheter une nouvelle robe légère et se demander si elle va lui plaire et pour lui se passer le visage et les mains à l’eau fraîche en quittant le chantier au cas où). Oui, ils sont perdus et en même temps éperdument heureux. Oui, ils prennent le risque de tout perdre. Oui, ils ont envie de s’enfuir vers un possible amour.

C’est la passion ça, non ?!

Sauf que pour Antonio et Mademoiselle Chambon, qui vivent tous les deux dans une petite ville de la Marne, la passion a des allures de long fleuve tranquille, on est loin de Roméo et Juliette, de Jack et Rose, d’Edward et Bella. La folie est ailleurs, douce et amère. Et on pressent que la vie d’Antonio ne sera plus jamais la même.

Mais une question se pose tout de même : est-ce vraiment l’Amour ou juste une brèche dans le quotidien ? Peut-être que vous trouverez la réponse à cette question en regardant le film (après avoir lu le livre, ou vice versa). Parce que l’adaptation est particulièrement réussie. Le roman est vraiment respecté. Les trois acteurs principaux, Sandrine Kiberlain, Vincent Lindon et Aure Atika (Anne-Marie, la femme du maçon) sont d’une justesse incroyable. Pour la petite histoire, Stéphane Brizé a tout de suite proposé le rôle de Jean (oui Antonio devient Jean dans le film ?!) à Vincent Lindon et lui a dit que SA Mademoiselle Chambon avait les traits de Sandrine Kiberlain. Or le couple avait été marié, et était divorcé. Mais Lindon, en vrai gentleman, n’a pas voulu privé son ex-compagne de ce rôle magnifique.

mademoiselle-chambon

Il y a quelques différences entre le livre et le film, mais rien de primordial. Dans le livre, les deux femmes deviennent amies, mademoiselle Chambon se confie à Anne-Marie, l’épouse d’Antonio ; je n’ai pas retrouvé cette intimité dans le film, mais la différence principale pour moi, est le cadre. Dans le roman, «l’action» se passe dans la Marne, région qui n’est pas réputée pour son ensoleillement et cette grisaille participe à l’ambiance feutrée du roman. Le film, par contre, est transposé dans le sud, mais ça n’est absolument pas gênant, le soleil omniprésent allège un peu l’atmosphère. J’ai souvent eu l’impression de percevoir les odeurs et de sentir le souffle du vent en regardant le film.

Mademoiselle Chambon est donc une histoire qui, sans le talent de Holder puis de Brizé, aurait pu être l’histoire insignifiante de deux personnes insipides qui se croisent…

Mais Mademoiselle Chambon est, grâce au talent de l’écrivain puis du cinéaste, l’histoire poignante de deux personnes émouvantes qui s’aiment…

Cette histoire a été « transportée » au théâtre par La Compagnie des Epices, je n’ai vu que des extraits mais j’ai vraiment été emballée, je vous livre la présentation du spectacle par Alain Prioul, un des 3 directeurs artistiques :

« J’ai choisi de transporter ce roman à la scène, en conservant au maximum sa structure, son phrasé et son rythme. Ce ne sera pas une pièce de théâtre mais un récit à trois voix. Chaque personnage est le narrateur de sa propre histoire. Il pense avec les mots d’Eric Holder, mais lorsqu’il se retrouve confronté à un autre protagoniste, il retrouve ses maladresses de langage, ses impossibilités de formuler à voix haute et intelligible ce qu’il ressent avec cette acuité tellement tranchante qu’elle en devient douloureuse. »

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