Lola se balade sur la plage des chalets de Gruissan

C’est un endroit incroyable, tout droit sorti d’un film :

celui de Jean-Jacques Beineix,  37.2 le matin

37.2

Sur une plage du sud de la France, une multitude de chalets construits sur pilotis, plus ou moins typiques, certains modernisés, en bois, naturel ou peint, petits ou grands, super entretenus ou « dans leur jus » 😉

1300 chalets face à mer

chalets

Pour y avoir passé plusieurs étés, je vous recommande cet endroit unique, atypique, une vraie curiosité.

L’immense plage de sable fin est vraiment au pied des chalets. L’ambiance est très conviviale, ça barbecute dans tous les coins, ça s’interpelle, ça joue à la pétanque dans les allées, les mômes font du vélo ou se poursuivent entre les pilotis…

Seules 80 familles vivent ici à l’année, la plupart des chalets sont des « résidences secondaires » qu’on se passe de génération en génération.

 chalet 1

En 1850, à l’époque des premiers bains de mer, cette belle et grande plage est particulièrement appréciée des habitants des alentours. Ils commencent à y construire des cabanes en bois et viennent se baigner l’été, par l’unique chemin d’accès qui n’est, de toute façon, praticable que l’été à cette époque.

En 1899, une forte tempête détruit tout. De nouveaux chalets sont reconstruits mais sur pilotis cette fois, pour échapper aux inondations destructrices.

A l’origine sans eau ni électricité, les chalets ont été modernisés depuis. Et on trouve des locations plus ou moins abordables selon les prestations (certains, les plus grands sont équipés de baignoires voire de sauna, d’écran plat, de canapé d’angle…) Les chalets que j’ai occupés étaient plus pittoresques, avec du jour entre les lattes de parquet pour l’un, les pilotis qui bougeaient  quand il y avait des bourrasques de vent pour l’autre, le sol complètement pas droit (si on faisait tomber un truc, il fallait courir derrière pour ne pas qu’il tombe de la terrasse) pour le troisième, et dans le quatrième, j’ai eu le mal de mer pendant toutes les vacances, rien n’était droit, du sol au plafond, en passant par les murs, le mini plan de travail, les portes de placards… Mais quel bonheur, de se nouer un paréo sur les hanches, de prendre son bouquin et de pouvoir s’étaler les doigts de pieds dans le sable chaud en moins de 3 minutes !

1plagegruissan

Une épicerie, une boulangerie, une mini pizzeria, un tabac presse, un primeur et un charmant marché plusieurs fois par semaine à moins de 5 mn à pied, il y a tout ce qu’il faut sur place, pas besoin de sortir la voiture !

Pour manger une bonne glace en regardant les voiliers, faire le shopping des vacances (épuisettes, méduses, raquettes et volants, paréo, sac de plage…) on peut aller à Gruissan Village à vélo par la piste cyclable qui longe les canaux.                                On peut aussi essayer ou pratiquer le kitesurf, windsurf, voile…

Convaincu ?! Alors si vous ne savez pas où passer vos vacances d’été, essayez les chalets !

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4 réflexions au sujet de « Lola se balade sur la plage des chalets de Gruissan »

  1. 1. L’histoire de Gruissan-Plage

    Fin XIX° – début du XX°

    Quelques familles de Narbonne et des alentours, avant les vendanges, venaient avec une charrette tendue de toiles de jute surnommées les bourounes (la Bouroune – la Borona – est un carré de grosse toile servant au
    transport de fourrage) et s’installaient sur la plage pour quelques jours. Certains laissèrent leurs charrettes et la renforcèrent avec des planches de bois. Mais le vent et les marées eurent raison de ces habitats précaires. Boyer, un cheminot, eut l’idée d’édifier dans un premier temps une cabane ancrée au sol puis sur pilotis (traverses de chemins de fer) pour échapper aux montées impétueuses de la Méditerranée. «Il semble donc que l’existence de constructions précaires estivales sur la plage de Gruissan remonte aux alentours de 1900 ou soit même antérieur, et qu’un développement important se produit avant 1920.» Andreu-Boussut raconte «En 1869, Achille Gibert, né à Gruissan et épicier-cafetier, est autorisé par un décret du préfet de l’Aude à ouvrir le premier café de la plage de Gruissan. » Cela se fera sous forme d’amodiation et repris par la suite pour les occupations diverses de la plage par les commerces divers et les baraques en bois de nombreux narbonnais. Les tempêtes, les coups de mer des hivers mettent à rude épreuve ces constructions sommaires, les emportant régulièrement. Seuls les bâtiments sur pilotis résistent mieux et se pérennisent au fil des ans, et sont occupés durant l’été. Ainsi l’évolution des constructions sommaires se convertit en chalets en bois, mais toujours susceptibles d’être emportées par les flots impétueux .

    1920

    Le développement important de Gruissan-Plage se produit dès 1920. En effet vu le phénomène de « cabanisation » sur la plage, la commune rachète en 1923, à l’Etat, « les lais et relais » de la mer (ce que la mer couvre en hiver et découvre en été). Ces lais et relais, bande de sable, qui avaient été vendues à quelques notables gruissanais, d’une profondeur de 250 mètres, suivent le domaine public maritime sur toute sa longueur. De plus, la commune perçoit une taxe pour la jouissance des chalets (sorte de taxe de séjour touristique !). En 1928 sur un terrain non inondable, en arrière de cette bande elle édifie un lotissement de 57 lots et passe les premiers contrats sous forme de location par amodiation (formule ancienne).

    Le confort est rudimentaire et le ravitaillement en vivres et eau douce se fait chaque fin de semaine avec le retour des hommes et leurs charrettes, rejoignant femmes et enfants, pour partager avec les amis ce territoire sauvage.

    Dès les années 1930, estivants et gruissanais parlent de « la station », et la désignent sous ce nom désormais connu : Gruissan-Plage.

    « L’eau de mer et le sable remplaçant savon et détergent pour se laver le corps et faire la vaisselle » nous dit Claude FAGEDET , ce que confirme à sa façon Pierre SANSOT «le vent…/… du côté de Gruissan, il décape proprement les visages qui n’auront plus besoin d’un gant de toilette pour obtenir la netteté désirée. »
    1946

    2. Le plan en damier

    En décembre 1946, l’urbaniste-architecte Fagard propose une implantation nouvelle des constructions en les disposant en quinconce, à 45° par rapport à la ligne de bord de mer, ménageant ainsi le maximum de vue sur cette dernière.

    C’est cette disposition qui est retenu, quand en 1947, la commune au titre des dommages de guerre peut envisager la reconstruction des chalets.
    Le plan, établi par un urbaniste de Paris, R. Coquerel, justifie et énonce les principes suivants. Cette disposition permet une meilleure orientation des pièces d’habitation. « Le vent prédominant Nord-Ouest ou Cers représente 66% de la totalité des vents, et la plage n’est protégé par aucun accident de terrains. » et il faut aussi tenir compte de l’orientation ouest qui occasionne de très fortes chaleurs. « Des constructions dont une diagonale serait orientée N.O-S.E. répondrait au mieux à ces conditions. » Les rangées de chalets situés en deuxième et troisième rang ont ainsi une vue sur la mer et la plage.
    « Les dents de scie », ou redents, (principe cher à l’architecte Le Corbusier, nous sommes en 1947) allongent

    la longueur du front de mer et cassent ce qui aurait pu être une monotone façade longue de un kilomètre. Ces trouées serviront quelques années plus tard pour installer des équipements de loisirs et des parkings clos.

    3. La production des chalets : une série

    A l’origine, le dossier prévoit 6 rangées de chalets, mais devant les demandes faites en mairie, 4 autres rangées sont établies toujours sur le terrain communal. Ainsi les 10 rangées que nous connaissons peuvent être construites.

    En échange des « bons Pinay », négociables à 3, 6 ou 9 ans pour reconstruire « leur villégiature d’été », que 519 « baraquiers » ont touché, la société Pécou de Haute Savoie, propose un chalet en modèle unique, mais en 3 tailles. Préfabriqués en Haute-Savoie, ils sont assemblés sur place au rythme de 80 par an. Un atelier sera même établi sur place, car la société construira près de la moitié des chalets de Gruissan-Plage. Entièrement en bois, sauf les ferrures des volets, bois à petites sections assemblées pour obtenir les portées, ces chalets se révèleront être les plus durables des chalets construits. En 1982 il y en avait encore 700 sur le site.

    4. Evolution des « CHALETS »

    1950 Les chalets n’ont ni eau, ni lumière et équipés d’une cuisine pour seule commodité. Les WC sont communs et installés près des parkings rejetés en arrière de la plage. Quelques commerces alimentaires : eau, pain de glace pour les estivants. Cinq cafés restaurants, dont certains font guinguettes ou louent des chambres.

    1954/1955 Lumière, eau potable alimentent les chalets ; des WC de fortune apparaissent en excroissance de chalets.

    « En 1964, je me suis opposé à la destruction des chalets. Il y avait un énorme projet d’aménagement soutenu par la finance parisienne. Quand ces gens sont arrivés à Gruissan, ils croyaient avoir affaire à de simples pêcheurs. Nous leur avons montré que nous étions plus coriaces que ce qu’ils pensaient. Croyez-moi, j’avais vu les allemands les détruire une première fois pendant la guerre et je ne pouvais pas concevoir de les voir disparaître à nouveau. »

    1977 Les chalets sont raccordés au tout à l’égout communal, les travaux seront terminés en 1981, mais pour y arriver le sol aura été rehaussé de 60 à 80 centimètres. Les chalets cessent d’être submersibles affirment quelques documents…

    Dès lors, équipés, « hors inondations », de nouvelles conditions d’appropriation des chalets s’ouvrent aux propriétaires : réaliser de « vraies maisons ». Camouflage du bois sous un crépi, agrandissement, modifications de formes de toitures, mais malgré tout, l’ambiance typique demeure.

    Avec l’aménagement de Guissan-Port programmé dès 1964 et dont les travaux commencent en 1974, une nouvelle orientation touristique s’opère. D’importants équipements ludiques, de services et de commerces, d’équipements publics, offrent un panel complet dont les » chalétains » vont aussi profiter. L’offre de location devient rentable. Les chalets sont équipés : nouvelles pièces en rez-de-chaussée, garages, barbecues et verdissements. Les parcelles ne peuvent se clôturer.

    En 1976, le cahier des charges applicables à la zone des chalets est modifié pour fixer les règles applicables lors des aménagements.

    Extraits :

    * Les constructions seront du type « chalet » dans lesquelles le bois entre comme élément principal du point de vue de la structure comme de la décoration.
    * Ils seront édifiés sur pilotis à une hauteur n’excédant, en aucun cas, 2,50 m au-dessus du niveau du sol brut.
    * Une transparence sera obligatoirement ménagé au niveau des pilotis…/… des équipements de service peuvent être construits sous le chalet …/… Leur surface lors œuvre n’excède pas 50% de la surface hors-œuvre du chalet sans pouvoir excéder 35 m2.
    * …/…la zone constructible est définie par un périmètre concentrique à celui du lot amodié, établi à l’intérieur de ce dernier à une distance de 2 m…/…des saillis en porte à faux d 0,75 m seront tolérés sur voies d’accès.
    * …/…l’emprise des chalets…/… n’excédant en aucun cas 40% de la surface du terrain amodié.
    * La hauteur maximum des constructions est fixée à 5 m mesurés du sol brut à l’égout de toit…/… la pente de la couverture variant entre 25 et 30°.
    * Les chalets s’apparenteront obligatoirement en ce qui concerne la nature des matériaux utilisés et les transparences au niveau des pilotis à l’ensemble des chalets existants.

    « …/… c’est en 1976, à l’occasion d’une rénovation cadastrale, que les parcelles de terre sur lesquelles sont édifiées les chalets, jusque-là sans numérotation cadastrale, se voient attribués un tel numéro. Cela prépare ainsi, administrativement, la perception de l’impôt foncier comme envisagé dans l’arrêté municipal du 14 avril 1947. »

    Une lettre-circulaire sera adressée aux « chalétains » en février 1988, les informant que les impôts et les taxes sur les actes, seront désormais perçus. « L’A.S.P.I.C.G., Association de Protection des Intérêts Collectifs des Chalétains de Gruissan plage, est créé le 9 août 1988. »

    2010 Le chantier de construction d’une onzième rangée de chalets est en cours.
    VOILA QQ PRECISIONS…

    • Vous êtes, apparemment, un passionné des chalets. Moi, j’ai adoré m’y rendre en villégiature 3 étés de suite, j’ai apprécié l’ambiance, et la région est magnifique ! J’espère y retourner très bientôt. Merci pour vos précisions, c’est toujours intéressant d’en savoir un peu plus sur les endroits que l’on apprécie. Merci encore Daniel

    • Vous avez un large choix de balades ;
      le massif de la Clape et toutes ses odeurs,
      les étangs bordés de nombreux sentiers,
      et un peu plus loin les Corbières, Carcassonne la cité médiévale , la route des châteaux Cathares…

      Vous avez l’embarras du choix, c’est une région magnifique et très riche.

      Si vous y allez, dites-moi si vous avez été aussi emballé(e) que moi 🙂
      A bientôt

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